29.01.2009

Pour une filière énergétique intégrée au sein de l’Union Pour la Méditerranée

23 janvier 2009

Dans le cadre de l’Union Pour la Méditerranée (UPM), le secteur de l’énergie présente le plus grand potentiel d’émergence de projets concrets et de retombées tangibles. Mais, comme dans toute construction d’essence multilatérale, les obstacles sont nombreux. Il faut à l’évidence dépasser les

orgueils nationaux et se débarrasser de nombreux préjugés par la construction d’une véritable filière énergétique intégrée. En particulier, la coopération Sud-Sud sera déterminante pour réussir dans ce domaine. La sécurité d’approvisionnement, le développement d’un bouquet énergétique équilibré et durable, et la lutte contre le changement climatique doivent constituer des priorités partagées et orchestrées par la filière énergétique de l’UPM.

Les fantasmes existent des deux côtés de la Méditerranée

Au Nord, disons-le clairement, on doit cesser de prendre le Sud pour une “vache à lait” en énergies fossiles. D’abord parce que certains d’entre eux n’en sont pas spécialement dotés : seuls 2 pays étant membres de l’OPEP et 3 potentiellement éligibles à une OPEP virtuelle du gaz. Ensuite, parce que les besoins de consommation d’énergie au Sud vont croître de plus en plus rapidement. En effet, dans un contexte démographique dynamique et de développement urbain, dans un contexte économique favorable, les délestages pour les populations sont particulièrement mal vécus et peuvent même être source d’instabilité politique. Enfin, il existe une volonté légitime de développer des implantations industriellles souvent électro-intensives, dans le domaine de l’automobile ou de l’aéronautique notamment.

L’orchestration d’un volet énergétique de l’UPM ne peut donc pas se borner à une vision réductrice qui consisterait à organiser un échange Nord-Sud entre ressources en hydrocarbure et contreparties financières ou décorrelées de l’énergie. Les deux rives doivent progresser simultanément dans cette même filière énergétique.

La collaboration entre Etats est indispensable dans le domaine de l’énergie

Au Sud, il faudra probablement mieux appréhender les modes de collaboration sur les dossiers énergétiques dans un cadre multilatéral et gérer l’anxiété croissante des pays européens sur leur propre sécurité d’approvisionnement. Mais surtout, il faudra dépasser les conflits latents entre certains états de la même rive et développer des actions concrètes : la banalisation de l’accès au nucléaire civil, l’accès aux technologies d’énergie renouvelable ou la mise en place d’un embryon de marché de l’énergie constituent autant d’axes de coopération entre pays de la rive Sud.

Par exemple, l’ouverture récente de la France au nucléaire civil ne doit pas se transformer en une course d’orgueil. Au contraire, plus les pays seront prêts à collaborer entre eux, plus ils accèderont rapidement à l’énergie électronucléaire : les nombreux chantiers induits (la formation, la certification, l’élaboration d’un cadre legislatif, etc.) sont assez considérables et toute synergie sera la bienvenue.

En allant plus loin encore, il est possible d’envisager une centrale nucléaire approvisionnant deux pays et exploitée en commun. Cela rappelerait une forme de coopération entre la France et la Belgique au tout début de notre histoire en matière de nucléaire civil.

De la même façon, en capitalisant autour du projet fondamental de boucle électrique méditerranéenne, il faut conduire une réflexion réaliste sur les opportunités d’une plus grande intégration du marché électrique, tout en prenant du recul par rapport à l’expérience européenne : une libéralisation “sèche” sans avoir défini en amont une politique de sécurité d’approvisionnement n’aurait guère de sens.

On pourrait multiplier les exemples de coopération technique, par exemple sur l’énergie photovoltaïque et plus largement les énergies renouvelables, sur la recherche ou sur la formation. Les idées ne manquent pas.

Pour la mise en place d’un système de quotas de CO2 sur le périmètre de l’UPM

Enfin, la diplomatie énergétique ne peut plus aujourd’hui être bâtie sans intégrer un volet dédié à la lutte contre le réchauffement climatique, en particulier dans le contexte de négociation de l’après-Kyoto. Il faudra donc examiner l’opportunité de coordonner une action spécifique sur l’ensemble du périmètre de l’UPM, en donnant naissance par exemple à des mécanismes spécifiques sur les quotas de CO2 pour les pays faisant partie de l’annexe II du protocole de Kyoto1. Une réflexion en amont et des positions concertées pourraient constituer un véritable avantage pour l’UE à la table des négociations.

L’énergie comme vecteur d’une collaboration plus large au sein de l’UPM

Si un certain nombre de coopérations et de réflexions techniques sont aujourd’hui engagées, l’UPM offre l’opportunité de leur donner une portée politique essentielle en relançant des chantiers parfois enlisés. Mais l’UPM doit aller plus loin encore : en consacrant une filière énergétique intégrée, elle permettra de développer la confiance mutuelle entre les Etats, nécessaire au dépassement des vieux préjugés et des relations bilatérales parfois difficiles.

Sia Conseil

Notes :
(1) L’annexe II du protocole de Kyoto établit la liste des Etats visés par les engagements de réduction : il s’agit uniquement des pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et des pays d’Europe de l’Est « en transition vers une économie de marché ».


Source : http://energie.sia-conseil.com/?p=1065